Et si ce n’était pas un mal ?

Et voilà. À force de répéter, tempêter, menacer, nous avons fini par y arriver : Mini1 a repris le chemin de l’école.
À l’origine, l’accord était très clair, et absolument non négociable pour moi : si on ne va pas l’école, on s’astreint à un minimum de travail formel au quotidien. 1h, 2h grand maximum, histoire d’être drillés pour les examens. Ce qui laisse quand même énormément de temps libre par rapport au rythme scolaire.

Peut-être que Mini1 s’est reposée sur les lauriers de son succès au CEB. Ou pas. Depuis le début de notre aventure IEF, il a toujours fallu la tirer, la pousser… On a fait des adaptations, on a changé les méthodes de travail, on a changé les manuels… Rien à faire. Il lui fallait parfois une journée entière pour écrire 5 lignes. Le même travail ne lui prenait pas plus de 10 mn quand il était assorti d’une menace du style : « si tu n’as pas fini à l’heure de partir, c’est ton cours d’équitation qui saute ». C’était pas vraiment comme ça que je voyais évoluer mes rapports avec ma fille.

Oui, j’ai parfaitement conscience que la matière scolaire est rébarbative au possible. Et oui, j’ai parfaitement conscience aussi que les enfants sont capables d’apprendre par eux-mêmes ce dont ils ont besoin. Sauf que le CE1D, elle n’en a pas besoin, et pourtant, elle devait le réussir pour rester en IEF.

Il n’y avait pas que ça. Au quotidien, l’ambiance à la maison était devenue infernale. Déjà, notre relation mère-fille se faisait complètement bouffer par cette nécessité de la mettre au travail formel. Et puis, la promiscuité avec ses frère et sœur semblait lui peser de plus en plus. Elle était de plus en plus agressive, irritable, voire violente. Avec sa bouche, elle me disait qu’elle ne voulait pas aller à l’école, mais tout dans son attitude me signifiait : « maman, je ne supporte plus cette situation ».

Nous n’avons pas choisi son école au hasard. Nous l’avons soigneusement sélectionnée selon des critères de taille, d’options et de proximité. Puisque Mini1 adore passer sa vie à dessiner, nous lui avons choisi une école d’art, 234 élèves de la 1ère à la 7e incluse, en centre-ville, donc accessible aussi en bus qu’à pieds, et déjà 5h d’activités artistiques en 1ère (où ils ne sont que 11 élèves). Un encadrement vraiment proximal.

Du jour au lendemain, Mini1 a énormément gagné en autonomie. Elle qui, la semaine précédente, ne savait pas repérer une rue où nous nous promenions souvent, a appris à prendre le bus toute seule, à rentrer à pieds toute seule, à tester des itinéraires différents, à se perdre un peu et à retrouver son chemin. Elle qui était en repli et prétendait se moquer d’avoir des ami(e)s a commencé à traîner avec les copines après la classe et à échanger des sms. Elle qui passait sa vie couchée dans sa chambre, part à la découverte du centre-ville et du monde qui l’entoure.

Bien sûr, elle se sent toujours aussi zèbre parmi ses condisciples, et elle s’ennuie toujours autant en classe. Elle continue de me dire qu’elle préférait l’école à la maison. Mais ses épaules se sont redressées. Elle est plus douce et plus patiente à la maison. Elle semble à nouveau respirer, vivre. Cerise sur le gâteau, elle s’est immédiatement bien intégrée, malgré son arrivée en mars, et elle a déjà de super notes, ce qui rassure ses enseignants, qui sont déjà fans de cette élève pas comme les autres.

Je ne dis pas que la scolarisation est le remède absolu quand ça va mal à la maison. Mais, dans le cas particulier de ma fille de 13 ans, il me semble que c’était la bonne réponse à son besoin manifeste d’autonomie et de distanciation.

3 Comments

  1. Comme c’est bon de lire vos mots… J’y retrouve mon/notre vécu avec ma cadette. Même topo au niveau « énergie » mise au service des apprentissages, conflits,… Et scolarisation debut janvier en 4 eme primaire et nous revivons tous ( elle d’abord plus sereine, la fraterie et nous les parents,).
    Merci pour votre article

  2. Arf… Un article qui résonne en moi… Mon grand n’en fiche pas une (enfin si, il lit toute la journée des livres et des magazines scientifiques… Et il reprend goût à la vie après harcèlement ++ à l’école.. C’est déjà pas mal.)
    Mais je passe également mes journées à tenter de lui expliquer, réexpliquer que réussir la seconde évaluation est obligatoire pour rester en IEF… Faire du scolaire à la maison ou à l’école finalement, quand c’est bien le « scolaire » qui ne fonctionne pas…
    Bravo à Mini1 ! <3

  3. Merci pour elle !
    Oui, le « scolaire » reste un non-sens pour certains enfants, pour d’autres il fonctionne… Mais comme on n’a pas le choix, il faut bien apprendre à faire avec…

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