Interdire la fessée est-il vraiment la meilleure solution ?

Le sujet revient bien sûr sur le tapis avec les aller-retours du gouvernement français sur ce dossier sensible, et on en avait pas mal débattu il y a quelques années, à la suite de la condamnation d’un père pour avoir donné une fessée déculottée à son fils de 9 ans. Il a dû verser un dédommagement financier à la mère de l’enfant. On croit rêver. A la limite, à sa petite victime, j’aurais compris.

Entendons-nous bien : je suis tout à fait contre violenter un enfant. L’acte commis par ce père de famille me semble indéfendable. Isoler sciemment son enfant, le dénuder et le frapper, juste pour ne pas avoir dit bonjour, me paraît excessif voire déviant. Hé, il n’a tué personne, le gosse, il était peut-être juste dans le gaz…

Ce qui me pose question, c’est la fracture potentielle au sein des foyers : légiférer sur la fessée, c’est en puissance dresser parents et enfants les uns contre les autres. C’est introduire l’affrontement judiciaire dans les foyers, chacun se réfugiant derrière les « j’ai le droit »/ »t’as pas le droit ».

Pourtant, il ne devrait pas ici être question de droit, mais bien plutôt de choisir le meilleur pour son enfant. Est-ce que le meilleur pour nos têtes blondes (mais aussi brunes, rousses, auburn etc, pas de jaloux chez moi), c’est de les frapper pour les éduquer ? Je ne le pense pas. Par contre, je pense qu’une tape, portée sous le coup de la colère, fait moins de mal, à condition qu’elle soit suivie d’excuses circonstanciées une fois la pressions retombée, que la violence institutionnalisée sous forme de réponse systématique à tout comportement jugé comme déviant par le parent. Autant cette dernière montre à l’enfant que ceux qui sont sensés le protéger ont choisi de le violenter, autant la première lui enseigne que ses parents sont faillibles, donc humains, et qu’il n’a donc pas besoin d’atteindre la perfection pour les égaler.

Evidemment, la vie comporte de la violence, à commencer par celle de nos émotions. Face à un garçonnet de 4 ans, qui griffe, mord et pince quand on lui dit non (oui, le mien fait ça), il faut une bonne dose d’amour et d’affection pour simplement le prendre dans ses bras… Éduquer des enfants, c’est parfois violent. Et les éduquer, c’est aussi leur apprendre à gérer cette violence intrinsèque. Alors, oui, parfois, toute la violence qu’on prend en pleine face et qu’on doit accueillir avec bonté et bienveillance, il arrive qu’elle retombe sur nos petits démons amours. Mais, pour tous ceux qui ont essayé, qu’est-ce qui est le plus efficace ? La punition, la contrition, l’humiliation ? Ou bien l’écoute, l’accueil du ressenti, l’explication, éventuellement le choix de sa « punition » (en fait, plutôt une réparation) avec/par l’enfant ? Chez moi c’est la deuxième qui marche le mieux.

Je ne vois pas pourquoi ce serait différent pour les adultes : plutôt que de vouloir punir et stigmatiser des parents à court de ressources, ne serait-il pas plus intéressant de les éduquer à la communication non violente, de leur enseigner à décoder les comportements de leurs enfants, de leur apporter du soutien dans cette tâche rendue difficile par l’individualisation de la société ?

Et surtout, dans cette volonté de légiférer, on oublie un élément fondamental : c’est que les mots sont capables de détruire un enfant de façon bien plus radicale que les coups.

 

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