Encore une histoire de socialisation ?

Voilà. Cette rentrée 2019, les trois enfants iront à l’école. Finie pour nous l’IEF, après 4 (longues) années.

Les filles sont heureuses dans leurs écoles secondaires.

Mini1 est stressée, en raison de sa différence (haut potentiel + possible syndrome d’Asperger) qui lui complique les relations sociales, mais dans l’ensemble elle s’en sort. Le plus important à mes yeux, c’est que, plutôt que de se replier sur elle-même en se disant « à cause de mon neurotype, je ne suis pas faite pour les relations sociales », elle se prouve chaque jour qu’elle peut surmonter ses troubles, qu’elle est capable de s’adapter, et elle se donne des occasions d’apprendre.

Elle entre en 3e et est impatiente de commencer son option. Elle s’ennuie beaucoup en classe, surtout à cause des agitateurs qui retardent la progression du groupe, mais elle mord sur sa chique, en ayant conscience des limites du système, mais en sachant que c’est un mal nécessaire, parfois intéressant, et peut-être même utile, pour parvenir à ses fins.

Mini2 reçoit aussi du stress, mais elle, c’est plutôt pour son image de Miss Parfaite qu’elle craint. Socialement, tout va bien, mais elle veut toujours avoir les meilleures notes pour se faire bien voir des profs. En cela, on pourra me dire que c’est un des écueils de l’école : elle est prête à se soumettre à pas mal de choses pour conserver les apparences. Mais qu’elle soit instruite à l’école ou à la maison, ce trait de caractère est le sien et a toujours été là !

Oui, le milieu scolaire lui apporte du stress, parce qu’elle doit lutter pour conserver son trône. Mais il lui apprend aussi plusieurs choses, que je ne pourrais peut-être pas lui apporter à la maison : elle apprend à poser ses limites (jusqu’où est-elle prête à aller pour ne pas écorner son image), et, par ses échecs, elle apprend à relativiser sa place de petite princesse parfaite (le rôle qu’elle a endossé à la maison) : on ne l’aime pas moins parce qu’elle n’a eu « que » 60% dans une matière. Je ne pense pas que ce soit un mal pour elle.

Mini3 est haut potentiel, probablement atteint du syndrome d’Asperger (comme Mini1, oui… Comme maman, en fait), et surtout, atteint de mutisme sélectif (tu vois Raj parler aux femmes dans The Big Bang Theory ? Bin Mini3, ça lui fait ça avec toutes les personnes qu’il ne connait pas, et même celles qu’il connait et n’a pas vues depuis longtemps).

Avec lui, attendre qu’il soit mûr pour progresser revient à … reporter aux calendes grecques. Il est extrêmement angoissé par la séparation. À 1 an, d’accord, à 7 ans, j’en ai marre d’attendre qu’il soit mûr. Maintenant que ses sœurs sont à l’école, rester à la maison toute la journée avec maman le prive d’une ressource précieuse. Et d’ailleurs, même être avec ses sœurs avait ses limites : finalement, le peu de temps que nous passions à faire les courses ou en rencontres IEF ne le confrontait pas suffisamment au monde extérieur. Tout ce qu’il a appris, c’est qu’il ne pouvait affronter le monde qu’en présence de sa famille.

Alors, oui, il fait des activités extra-scolaires. Il fait des stages. Mais ce sont des moments ponctuels, des lieux hors du temps. Finalement, le mettre à l’école, c’est lui dire : j’ai confiance que tu es assez grand et assez fort pour t’adapter quotidiennement à un environnement extérieur (et parfois chiant) sans ma présence. Le garder à la maison revenait à lui dire l’inverse : je dois te protéger de ce monde infernal. Oui, ce monde est difficile. Mais ce n’est pas en le fuyant que mon fils sera assez armé pour y faire face. Et surtout, il n’apprendra pas en tirer les bons côtés. Le confier à une maîtresse, dans une école qu’on a choisie, c’est reconnaître qu’on peut avoir confiance en la société (dixit mon homme). Et je pense que c’est fondamental pour activer la confiance en lui de mon petit bonhomme.

Je suis contente d’avoir passé ces quelques années en IEF, contente des rencontres que j’ai pu y faire. Mais je suis contente aussi de mitiger mon opinion, de sortir du dogmatisme du tout l’un ou tout l’autre.

Je pense toujours que le système scolaire est un moyen commode de contrôler les apprentissages des citoyens/subordonnés. Je pense également qu’on y apprend beaucoup de façons de faire qui nous rendent dociles et obéissants, que ce soit à dessein ou de fait. Mais je pense aussi que les écoles sont remplies de personnes qui, en leur âme et conscience, ont à cœur de transmettre aux enfants toutes les choses qu’elles jugent importantes de connaître. N’est-ce pas ce que nous, parents, faisons ?

Et, avant tout, tout est question d’attitude intellectuelle, que ce soit à l’école ou à la maison. D’une manière générale, en éduquant mes enfants, est-ce que je leur enseigne à obéir aveuglément, ou à réfléchir à leur intérêt personnel et à celui de la collectivité ? Est-ce que je leur dis : « obéis ou t’auras une torgnole », ou est-ce que je leur dis : « certes, ça te gonfle d’exécuter cette demande, mais il y va de ton intérêt comme de celui de la famille de t’y mettre, et apprendre à mettre de l’eau dans ton vin te fait gagner en maturité » ?

J’ai confiance que mes enfants ne se feront pas formater en étant scolarisés. Ou alors juste un peu, mais n’est-il pas normal de s’imprégner de ceux qui nous entourent ? C’est une fonction sociale primaire et nécessaire. Oui, ils changeront, et oui, ils s’éloigneront de mes valeurs… C’est ainsi qu’ils construisent leur identité propre.

J’ai également la certitude que les dégâts sur des enfants dressés par leurs parents à l’obéissance aveugle seront bien plus terribles en IEF qu’à l’école. Dans pas mal de cas, il vaut beaucoup mieux pour les enfants aller à l’école. L’IEF ne convient pas à tout le monde.

Bref, il est temps pour notre petite famille de passer à autre chose ! Peut-être reviendrons-nous en IEF dans les prochaines années : toutes les portes sont ouvertes, et c’est là que réside notre liberté !

P. S. : Ce cheminement, bien sûr, ne vaut que par le prisme de mon expérience, et chaque situation est unique et particulière…

10 Comments

  1. Dis donc…Je suppose que c’est ce que l’on appelle « virer sa cuti? »
    Quand même, un personnage public de l’IEF…autant de généralités… .
    Bonne route.

  2. Il est certain que le bien-être de mes enfants passe avant mon attachement à une idéologie !
    Je te remercie pour le respect que tu portes à ma liberté de choix 🙂

  3. mais… je ne questionne pas ta liberté de choix : ma fille aînée (qui a 18 an)s était encore scolarisée l’année dernière et mon autre fille se prépare à son retour scolaire.
    Je préfère ne pas poursuivre une discussion sur ton texte, apparemment tu ne l’as pas écrit pour que l’on puisse en débattre. Alors bonne route

  4. Mais quand même, tu es apparue dans la presse pour défendre ce que tu appelles une idéologie. Pour moi, comme pour beaucoup de familles, l’IEF n’est pas une idéologie, c’est juste le seul chemin possible pour nos enfants différents. Ton texte (plutôt les généralités qu’il contient) donne une image des familles IEF qui n’est pas représentative d’un grand nombre de familles. C’est déjà si difficile d’assumer cette marginalité, et toi, personnage public de l’IEF, tu ne facilites pas les choses.
    Je suis contente que tes enfants se sentent mieux. Je suis contente que tu te sentes bien avec ta décision. Je suis triste de constater que tu as probablement rencontré des familles qui pratiquent ce que tu appelles » l’obéissance aveugle » avec leurs enfants. Mais il y en a d’autres aussi, des familles qui se démènent pour instruire leurs enfants, pour leur apporter une liberté de parole, du tiers aussi, tout en devant se justifier sans arrêt auprès des institutions. Ce n’est pas à la maman que je m’adresse, c’est à ce personnage public qui fait venir la presse chez elle, qui accorde des interviews, qui écrit son quotidien sur un blog public.

  5. Et bien, je ne vois pas où est le problème, et je trouve triste que tu te sentes menacée dans ton IEF parce que les besoins de ma famille ont changé… Mes enfants ont des différences, mais finalement, n’est-ce pas le cas de chacun, qu’il soit HP, Aspie ou neurotypique ? L’IEF a été ce dont ils avaient besoin pendant un temps, ce n’est plus le cas aujourd’hui, et alors ? En quoi ça concerne les autres familles IEF ? Et en quoi le fait que j’ai été approchée par certains médias devrait-il m’enchaîner à ne jamais changer de chemin ? Enfin, je l’avais bien précisé à la fin de mon billet : « Ce cheminement, bien sûr, ne vaut que par le prisme de mon expérience, et chaque situation est unique et particulière… »

  6. En fait, je ne vois pas ce qu’il y a à débattre, je parle du cheminement de ma famille et des besoins spécifiques de mes enfants… 😉

  7. Bonjour !
    Je vous suis depuis un petit temps maintenant et certains passages dogmatisant de cet article me font un peu peur…
    Vous l’avez très bien dit, chaque enfant, chaque famille, chaque situation est différente.
    Gardons cela bien en tête avant d’avancer quelconque généralité… sur un blog public.
    Notre expérience à nous est, par exemple, diamétralement opposée… Nous avons dû retirer en catastrophe nos enfants différents d’un système (entendez l’école) qui leur était physiquement et psychologiquement nocif, les retirer pour les re-sociabiliser justement suite à de l’harcèlement +++.
    Vos enfants ont émis le souhait de retourner à l’école après 4 ans d’IEF ? C’est juste génial !! Et je suis sincèrement très contente pour eux, pour vous ! <3
    Ne stigmatisons pas pour la cause le manque de possibilités de sociabilisation de l'IEF, induisant un manque de confiance en soi chez nos chérubins… Car pour nos 3 enfants ce n'est clairement pas le cas ! 😉
    Belle nouvelle aventure à vous tous !

  8. Bonjour, merci pour votre témoignage ! Je connais en effet des tas de familles pour qui ça se passe très bien de ce côté-là, qui sont très entourées et/ou très mobiles, et dont les enfants rencontrent ce dont ils ont besoin en matière de socialisation avec l’IEF.

    Il se trouve que pour mes enfants, alors que des relations sociales pénibles à l’école avaient été une des causes de leur déscolarisation, ça n’a pas été suffisant. La faute à notre manque de mobilité, à la dispersion géographique, à la trop grande diversité d’âge, à mes problèmes de santé, …. (correction : ça a été suffisant pendant un temps, et puis ça ne l’a plus été, car ils ont changé !) Mon ado de 13 ans me l’a encore « reproché » récemment en se plaignant de tout ce qu’elle avait manqué pendant ses années d’IEF…

    Cependant, ce n’est pas parce qu’il faut éviter de stigmatiser, qu’il faut se taire quand c’est vrai !

  9. Et, par ailleurs, le principe du blog, c’est justement de raconter son histoire personnelle… C’est ce que je fais, il me semble ! 😉

  10. Je ne me sens pas non plus menacée dans mon IEF.
    Je ne me défend de rien d’ailleurs… .
    Décidément… .
    Bonne route.

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